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Le stress au cœur de la performance

Laurent Favarel
Psychanalyste à Toulon, Sophrologue FEPS

 

La vulnérabilité d’un joueur, sa difficulté à faire face aux circonstances rencontrées dans le jeu, est en lien avec un déficit de l’attention. En compétition, la plasticité cérébrale d’un individu, sa souplesse psychique, l’aident à contenir une grande variété de sensations perturbantes. S’il n’est pas en mesure d’identifier l’origine de ces stimulations, de les conceptualiser, l’imprévisibilité des agents stressants, plus que leur intensité, entraînera des réactions inadaptées.

Quand nous nous intéressons à l’influence des émotions sur la performance, nous devons nous poser les questionnements suivants : Quel est l’état d’esprit du compétiteur dans les jours qui précèdent l’action ? La concentration peut-elle être tributaire de l’ambiance particulière à l’intérieur du cercle relationnel du golfeur ? Si nous examinons le geste technique dans sa globalité, nous constatons qu’il débute à l’instant où le joueur pense à sa réalisation. En situation de réaliser un coup, il s’imagine en mouvement dans l’espace, en tenant compte de la force qu’il doit appliquer sur la balle. La réussite passe par sa dextérité à intégrer dans son jeu les informations provenant de son environnement périphérique. Il s’agit principalement de stimuli visuels, sonores et tactiles. La capacité d’adaptation est fonction de la kinesthésie et du traitement de l’ensemble des éléments qui ont de l’influence sur le corps au moment de l’impact du club sur la balle. Ils peuvent être internes comme des sentiments, externes comme des obstacles (arbres, bunkers) ou en contact avec la peau comme le vent ou la pluie. Cette liste n’est pas exhaustive, elle est à chaque tournoi représentative de la particularité d’un parcours et de la singularité du golfeur. Des variables, subjectives quand il s’agit des pensées, amènent le joueur à créer un coup unique.

Le golf est un sport où le doute et la confiance s’imbriquent dans des rapports de cohabitation influencés par l’émoi de l’instant. Le stress est un sujet qui nous concerne tous. Plus nous avons d’éléments sur son développement, plus nous proposons de techniques pour l’inhiber et plus nous devons nous tenir prêt à revoir notre jugement.

Le stress à l’intérieur du cercle relationnel

La notion d’interdépendance, développée par le sociologue Norbert Elias, est comparable aux mouvements des pièces aux échecs. Toute action accomplie dans une relative indépendance, représente un coup sur l’échiquier groupal. Cela déclenche obligatoirement un contre-coup, une réaction d’un autre individu qui va essayer de maintenir son positionnement en limitant la liberté d’action du premier. L’équilibre d’un groupe est dans un ajustement permanent. Chaque personne lui appartenant peut faire bouger des lignes. Les actions, les discours, les attitudes provoquent quasi systématiquement une réaction. Des contrariétés, somme toute banales, peuvent contribuer à freiner la progression du compétiteur dans sa préparation. Si les tensions sont inhérentes à la communication, autant prendre certaines remarques avec un peu de légèreté !

La détermination et l’engagement sont des traits communs aux sportifs. Un joueur est susceptible de reléguer son entourage au second plan dans une période d’intense préparation. Ce point de vue clivant se base sur le principe des vases communicants. L’énergie d’un athlète est limitée, plus il s’organise pour améliorer son jeu et plus sa disponibilité envers les autres en souffrira. Ces conditions sont le terrain idéal pour que les individus, se sentant délaissés ou envieux, exploitent des stratégies de dénigrement. La nature humaine est ainsi faite, c’est un phénomène qui, s’il n’est pas systématique, est très répandu. Il s’appuie sur le fait que l’interaction sociale est guidée par le souci de ne pas perdre la face (Goffman , 1973). Le principe est simple, il s’agit de déformer la réalité pour déclencher un contre-coup.

S’il ne fait pas preuve de compréhension vis à vis de son entourage, le sportif peut endosser des rôles très différents dans le groupe qui vont de l’égoïste infantile au bouc-émissaire. Dans les deux cas, l’agressivité ambiante sera préjudiciable à son engagement dans le jeu. Si de tels problèmes perdurent sans qu’ils ne soient verbalisés, le golfeur peut rater un tournoi pour des raisons émotionnelles.

Perspectives. La régularité des séances de sophrologie font que la personne prend du recul vis à vis des tensions de proximité. Elle perçoit le monde qui l’entoure dégagée des contraintes de réussite qui sont les siennes en conscience ordinaire. Elle dépassionne les débats la concernant sans perde de vue ses priorités. C’est une aide considérable à la récupération. Les témoignages des sportifs sont concordants sur la diminution du temps nécessaire à l’endormissement et la qualité du sommeil. La finalité est que le golfeur puisse se présenter en compétition avec un bon niveau de fraîcheur physique et mentale.

Les affects dans le jeu

Le cerveau ne sait bien faire qu’une chose à la fois. Nous n’avons pas la capacité de nous représenter deux situations distinctes dans le même temps. Le processus est identique pour la pensée et l’action qui sont systématiquement décalées de quelques millièmes de seconde. La difficulté dans un sport d’habileté motrice, réside dans le fait de passer du geste imaginé au geste réalisé. Au cours de cette séquence, il existe deux espaces de transition où la nature des émotions, autant que les qualités techniques du golfeur, vont déterminer la précision de son geste.

Le premier espace est interne, il assure le lien entre le stimuli externe et son traitement. Comme par exemple, l’éprouvé de la pluie sur la peau et les idées qui vont y être associées. Vient ensuite le deuxième espace, tourné vers l’extérieur, il précède le geste. Il y à ce moment précis, le risque d’être trompé par des sensations relevant d’expériences passées. A l’identique d’un coup raté sous la pluie dans un précédent tournoi, la conscience est absorbée par les traces mnésiques correspondantes. A l’émoi de l’instant viennent se greffer des sensations ancrées dans la mémoire du corps. Elles génèrent une forte quantité d’affects négatifs qui relèvent du passé. Quelques gouttes de pluie suffisent pour que l’histoire bégaie !

En parallèle, le corps a une mémoire du futur. Elle contient des émotions et des sentiments qui ont été rêvés ou vécus par anticipation. Si un joueur « broie du noir » depuis des semaines en imaginant la pire des prestations, il est probable que la charge affective au moment du tournoi lui soit insupportable. Sur le terrain, ce peut être déconcertant. Des fondamentaux normalement maîtrisés se transforment en obstacles. Ces deux types de confusion sortent le joueur de sa concentration.

Perspectives. La sophrologie apprend au compétiteur à vivre son tournoi dans l’« ici et maintenant ». Quand un golfeur effectue des séances à intervalles réguliers, il expérimente une variété d’affects dans les trois temps de l’action (passé, présent et futur). L’intégration méthodique des émotions, associées aux sensations corporelles, font qu’il n’est pas ébranlé par l’éprouvé du corps en compétition. Sa capacité à donner du sens à tout ce qu’il ressent diminue considérablement les effets du stress.

Partie pratique (environ 12mn).

Dans la continuité des perspectives, la partie suivante est consacrée à un exercice de sophrologie. Une pratique autonome qui vise :

  •  la diminution les tensions quotidiennes par l’utilisation de la cohérence cardiaque ;
  •  l’amélioration de la capacité d’attention par la perception d’un objet neutre dans la conscience.

En posture assise, positionnez votre dos droit, les mains sont posées sur les cuisses :

Phase 1 (2 mn) : Levez un de vos bras à hauteur des yeux et fixez un point sur votre pouce. Pendant que vous fixez ce point, prenez conscience de votre respiration sans essayer de la modifier. Dirigez votre attention sur le passage de l’air dans les narines, assez frais à l’inspiration et un peu plus tiède, plus réchauffé à l’expiration. Inspirez profondément, retenez l’air et amenez doucement le pouce à la racine du nez pendant que les yeux convergent. Les yeux se ferment sur l’expiration, le bras regagne une position confortable. Prenez un temps de pause et laissez remonter toutes les sensations agréables.

Phase 2 (4 mn) : Synchronisez l’ouverture et la fermeture de vos yeux avec la respiration. Les yeux s’ouvrent à l’inspiration et se ferment à l’expiration. Égalisez ensuite votre rythme respiratoire, cinq secondes à l’inspiration et autant à l’expiration. Le fait d’imprimer un rythme régulier (5’’/5’’) à la respiration fait diminuer le nombre de pulsations par minute. La cohérence cardiaque agit sur le système nerveux, les niveaux de tension musculaire et psychique diminuent progressivement.

Phase 3 (4 mn) : Les yeux se ferment pour le reste de l’exercice. Imaginez l’arrivée d’un objet sur votre écran mental. Il doit être d’une taille raisonnable et ne pas avoir de signification particulière, c’est un objet neutre. Dirigez votre attention sur la forme de cet objet, sa texture, attardez-vous sur sa couleur. Prenez le temps de le contempler, utilisez l’ensemble de vos sens pour vivre la présence de l’objet dans la conscience. Vous pouvez imaginer, par exemple, que vous faites l’expérience du toucher, sur la pulpe de vos doigts, sentez la matière, la différence de température entre l’objet et la peau etc…

Phase 4 (2 mn) : Laissez repartir l’objet comme il est venu, respirez un peu plus énergiquement. Allongez l’inspiration pour retrouver le tonus musculaire qui était le vôtre avant le début de cette expérience puis ouvrez les yeux.